ScienceCritique : Réflexions sur l'usage de la science

20 mai 2020

Sauver des vies à tout prix ?

Sauver des vies à tout prix ?

 

Suite à diverses remarques, je voudrais donner une précision concernant l’article précédent. Quand je parle d’un danger qui n’existe pas, il s’agit d’un danger pour la France, pas pour chaque français. Notre pays n’était pas en danger, mais il y avait des citoyens en danger de maladie et de mort. Qui sont ces personnes, ont-elles des caractéristiques communes, ou majoritaires ?

Il n’est pas facile de trouver des chiffres fiables. Je me référerai à trois sources :

Infographie (FranceInfo) du 15 mai

Statista (institut de statistiques) 12 mai

Des chiffres plus précis concernant l’hôpital de Lyon, cité par Lyon Capitale, 15 mai.

 

Ces chiffres cohérents entre eux, même s’ils ne sont pas exactement identiques, montrent que

  • Près de 80% des personnes décédées avaient plus de 65 ans
  • Environ 60% avaient plus de 80 ans. Les hommes étaient nettement plus nombreux que les femmes.

Ces chiffres sont à rapporter à deux autres, concernant la population française  en général, que l’on peut trouver sur le site INSEE

  • L’espérance de vie à la naissance est de 82,5 années  (79,8 pour les hommes, 85,7 pour les femmes)
  • L’espérance de vie en bonne santé est de 63,4 années pour les hommes et 64,5 années pour les femmes. Rappelons que cette notion de vie « en bonne santé » a été définie par l’OMS. Son directeur général, le Dr Hiroshi Nakajima affirmait : « sans qualité de la vie, une longévité accrue ne présente guère d'intérêt (...), l'espérance de vie en bonne santé est plus importante que l'espérance de vie ».  (INSEE)

 

On voit que près de 60% des personnes décédées suite au covid19 avaient dépassé l’espérance de vie à la naissance et 80% l’espérance de vie en bonne santé. En se référant à l’article d’Anne-Laure Boch déjà cité, on sait en outre que les personnes âgées soignées par intubation gardent des séquelles et ne survivent pas longtemps.

Les chiffres précédent montrent que la grande majorité de personnes décédées, n’ont en fait perdu qu’une petite partie de leur vie, la partie perdue étant en mauvaise, ou très mauvaise santé. « Il ne faut pas chercher à rajouter des années à sa vie, mais plutôt essayer de rajouter de la vie à ses années », disait, paraît-il, JF Kennedy, (à moins que ce ne soit Oscar Wilde, peu importe).

 

Quelles conclusions tirer de cette étude un peu cynique ? Qu’il fallait laisser mourir les personnes après un certain âge ? Evidemment non ! Que le nombre de personnes jeunes et sans comormidité est tellement faible qu’il n’y avait pas lieu de les soigner ? Evidemment non ! Que des vies ne valent pas la peine d’être sauvées ? Evidemment non ! Que le coût des traitements était prohibitif pour des vieilles personnes ? Evidemment non ! Que les cafouillages dans la gestion de crise, notamment concernant les masques, ont été sans importance ? Evidemment non ! Que l’hôpital public n’a pas besoin de moyens adéquats pour faire face à des crises ? Evidemment non ! Si les mesures prises n’avaient nuit à personne et aient sauvé ne serait-ce qu’une vie, même d’une personne très âgée, elles seraient justifiées.

Mais ce n’est absolument pas le cas, puisque ces mesures sont nuisibles pour presque toute la population valide. Si le nombre des personnes décédées augmente avec l’âge, la nuisibilité des mesures augmente avec la jeunesse. Ce sont les enfants, les plus petits en premier, qui sont les principales victimes ; les pédiatres lancent un cri d’alarme et les enseignants avouent leur impuissance à appliquer les fameuses mesures de « distanciation sociale » à des petits enfants[i]. Les travaux des psychologues du comportement et des éducateurs ont montré l’importance capitale des interactions proches, notamment tactiles, pour le développement des enfants. Ne pas consoler un enfant qui est en détresse peut lui provoquer des angoisses graves.

Fallait-il choisir entre laisser mourir des personnes âgées, et détériorer notre mode de vie tout en terrorisant notre jeunesse ? Evidemment non ! C’est ce qu’on appelle une alternative impossible. Pourtant, nos gouvernants, accompagnés par la meute médiatique, ont choisi la deuxième voie, la pire, au lieu d’en chercher d’autres : ils ont choisi de sacrifier le présent des biens portants et le futur des enfants, de nous embarquer dans un mode de vie invivable, de détruire des emplois, de massacrer des pans entiers de notre économie, dont des fleurons qui faisaient la fierté de notre pays. La liste des sinistres conséquences est sans commune mesure avec les éventuels avantages de ce choix.

Fallait-il « sauver des vies à tout prix ? »  Sur le plan moral, la réponse est évidemment « oui ! ». Cela veut dire qu’on ne cherche pas à faire des économies financières sur la vie. Mais sur le plan économique, social, et surtout éducatif,  il faut se demander qui paye le « à tout prix ». Si ce sont les forces vives du présent et les enfants - qui seront celles de l’avenir - on peut penser que la réponse est « non ».[ii]

Je ne me lancerai pas dans cette discussion trop longue, et terminerai par une prise de position personnelle, dérogeant à l’attitude scientifique que je m’étais efforcé de garder tant bien que mal. Ayant très largement passé l’âge moyen en bonne santé, m’approchant à grands pas de l’âge moyen masculin de décès, je me trouve être en excellente santé. S’il m’arrive d’être malade, ou simplement gêné, j’attends de la médecine qu’elle me soigne, je paye assez cher pour cela. Encore faut-il que le soin proposé apporte un supplément de vie en bonne santé et dans la dignité. Si, pour prolonger mon existence déjà bien remplie, il faut sacrifier le travail, les contacts sociaux, l’éducation, la culture, le droit de se déplacer, en un mot la joie de vivre de la jeunesse et sacrifier l’enfance, ma réponse est sans équivoque : NON !

 



[ii] Beaucoup d’auteurs s’y sont intéressés depuis le début de la crise. Chercher avec google, à partir de la phrase « sauver des vies mais à quel coût ? »

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13 mai 2020

Déconfinement et décontamination

Déconfinement et Décontamination

 

La France tente de se relever de la torpeur dans laquelle elle a été plongée par l’anesthésie baptisée « confinement ». Un regard critique sur le confinement lui-même me paraît plus que jamais nécessaire pour en bien sortir. La cacophonie actuelle confirme les doutes exprimés ici quelques articles plus haut. Il s’agit d’une démonstration « par l’absurde » : si le confinement avait été scientifiquement justifié, le déconfinement se produirait dans l’ordre et le consensus. Ce n’est manifestement pas le cas.

 

1°) Le confinement a eu pour objectif de désengorger les services de réanimation afin de soigner des malades très atteints. Or le succès de cette opération n’est pas miraculeux : « être placé sous respirateur artificiel n'est pas anodin, et les conséquences nombreuses, notamment à la sortie de réanimation. » titrait déjà LCI début avril.[i] Des organes peuvent être gravement atteints, notamment les reins nécessitant éventuellement une dialyse. Le risque de subir des séquelles est énorme, surtout chez les patients âgés. Pour soigner ces séquelles, « les malades sortant de réanimation devront effectuer de la rééducation, pour réapprendre à marcher ou à respirer. » La survie du patient n’est pas garantie. Dans un article plus récent, Anne-Laure Boch[ii], médecin et philosophe, précise que « entre 50 et 60% des patients âgés entrés en réa pour un SDRA y décèdent, et parmi les survivants près de 50% décèdent dans les 6 mois suivant leur sortie. Les autres sont relégués dans des EHPAD – alors même qu’ils étaient "autonomes à domicile", selon l’expression consacrée, avant leur maladie… Les vieux ne se relèvent jamais de cette épreuve, au propre comme au figuré. La plupart restent grabataires et dépendants. » La question se pose sérieusement de savoir s’il était opportun de leur faire subir ce traitement, ou s’il s’agit d’un acharnement thérapeutique. A-L Boch ne cache pas son opinion, son article mérite la lecture.

Plus généralement, la mortalité en réanimation est « beaucoup plus forte qu’annoncée »[iii] et se situerait entre 30% et 40%. Il se peut qu’à New York, ce soit pire, si l’on en croit le Petit Journal[iv] : « 80 % des patients contaminés au covid-19 intubés sont décédés ».

 

2°) Un point particulièrement délicat pour « déconfiner » est le retour des enfants à l’école. Les informations et prises de positions contradictoires sont légions. Après s’être tu pendant le confinement, le ministre de l’Education Nationale prend une position ferme. Citant un pédiatre, il précise que "laisser les enfants chez eux leur ferait courir un risque supplémentaire"[v]. Ce serait comique si ce n’était tragique : on aurait donc fait courir un danger aux enfants en les confinant.  Le ministre trouve l’appui de plusieurs médecins, des pédiatres : "Le rôle des enfants dans la dynamique de l'épidémie chez l'adulte parait modeste et concernerait plutôt les adolescents de plus de 15 ans".  C’est rassurant (et corroboré par de nombreuses études et témoignages de praticiens). Leur contagiosité est minime, comme on le savait depuis longtemps. Pourtant, le conseil « scientifique » n’est pas de cet avis : "Le rôle des enfants dans la dynamique de l'épidémie chez l'adulte parait modeste et concernerait plutôt les adolescents de plus de 15 ans".[vi] Une fois de plus, les divergences entre les « scientifiques » montrent que la démarche est, scientifiquement, un peu légère. La liste des préconisations dudit conseil « scientifique » à l’usage des établissements scolaires est délirante et montre surtout que ceux qui l’ont rédigée ignorent complètement ce qu’est une école. [vii]

 

3°) Tous les pays n’ont pas réagi de la même façon que le nôtre. Les Pays Bas, l’Allemagne, la Suède, ont pris des mesures beaucoup plus légères. Or leurs taux de mortalité sont moindres qu’en France. Les responsables suédois affirment que, dans leur pays, le taux d’immunité est nettement plus important qu’ailleurs. «Nous pourrions parvenir à une immunité collective à Stockholm en quelques semaines. Nous pensons que jusqu’à 25 % des habitants de Stockholm ont été exposés au coronavirus et sont peut-être immunisés »[viii]. Or on sait qu’il faut que ce taux arrive aux alentours de 70% pour que l’épidémie s’arrête. En France, selon l’institut Pasteur[ix], ce taux est de 6%. La conclusion de l’étude de l’IP est d’ailleurs[BD1]  surprenante : « Ce niveau d’immunité est donc très inférieur au niveau nécessaire pour éviter une seconde vague si toutes les mesures de contrôle devaient être levées. En effet, l’immunité collective nécessaire est actuellement estimée à 70%. Par conséquent, des efforts importants devront être maintenus au-delà du 11 mai pour éviter une reprise de l’épidémie ». Autrement dit, il n’y a pas assez, loin de là, de personnes ayant eu contact avec le virus et il faut continuer à empêcher ce contact. Pas très scientifique ! Le même rapport note que le taux de mortalité chez les personnes infectée en France est de 0,5%, mais monte à 31% pour les hommes de plus de 80 ans. Ce sont bien les personnes très âgées (hommes surtout)  qui courent un risque grave. Mais, comme on l’a vu plus haut, s’ils réchappent à l’intubation et au virus, ils restent dans un état peu enviable.

On nous a « vendu » le confinement en disant que le monde entier réagissait de même, ce qui est faux. Outre les exemples précédents, citons l’OMS : « "Nous n’avons jamais dit d’instaurer des mesures de confinement. Nous avons dit de suivre, tracer, isoler, traiter”, soutient Margaret Harris.[la porte parole de l’OMS] ». Elle précise plus loin « il aurait été plus efficace d'imposer un contrôle strict des personnes testées positives et la mise en quarantaine de ceux qui ont été en contact avec elles. » Où est l’unanimité ?

 

4°) Deux chercheurs français de haut niveau, Jean François Toussaint[x] et Andy Marc[xi]  analysent la situation dans un article de la très sérieuse revue « La recherche [xii]».

Le point de départ est une estimation « par un groupe d’épidémiologistes britanniques de l’Imperial College de Londres. … [qui] a conseillé une réponse uniforme à la plupart des gouvernements, sur la base de modèles mathématiques ». Ces estimations « annonçaient aussi un total de 70000 morts pour la Suède[xiii] et de 500 000 décès pour le Royaume Uni. » Or l’épidémie est en train d’entamer la phase de baisse et l’on est très loin de ces chiffres.

Les conclusions de nos deux chercheurs sont claires :

  • Rien ne permet d’affirmer l’efficacité du confinement en France : « l’issue finale pourrait donc ne pas même avoir été modifiée : aucune courbe nationale ne montre d’inflexion différenciée mais un parcours le plus souvent semblable, quelles qu’aient été les décisions prises »
  • Il aurait été nettement plus efficace de concentrer l’effort sur les personnes à haut risque et les soignants. On aurait ainsi permis à la population « [des] jeunes et des plus actifs, d’éteindre l’épidémie en réduisant la taille de la population cible »
  • Le confinement risque d’avoir des conséquences tragiques sur le traitement d’autres maladies, et un impact très négatif sur la santé des personnes.
  • Les conséquences économiques sont catastrophiques.

 

Je constate, non sans une certaine satisfaction, que ces propos ressemblent à ce que j’avais décrit dans un premier article du 9 mars. Comment un non spécialiste a-t-il pu, seul et avec le secours d’internet, arriver à une conclusion très proches de celles de savants spécialistes de la question et travaillant sur le terrain ? réponse simple : en faisant preuve d’esprit critique, en ne gobant pas tout ce qui est hurlé par les médias, en réfléchissant à la crédibilité des affirmations, en croisant les informations, bref en réfléchissant. Ah, si ! j’ai utilisé une méthode mathématique : la règle de trois. Pas besoin d’être docteur et agrégé en maths !  

 

Que faire Maintenant ?

Il va falloir, non seulement reprendre nos activités et en particulier l’éducation de nos enfants dans les écoles, mais aussi nous décontaminer de ce poison autrement plus dangereux qui a tenté de contaminer nos esprits : la peur fabriquée par l’invention d’un danger qui n’existait pas.

Certains sont plus atteints que d’autres, il faudra donc procéder par étapes, sans brusquer.

Personnellement je n’ai jamais eu peur et je me suis protégé de la contamination idéologique par les méthodes exprimées ci-dessus, accessibles à tous ; chacun d’entre nous est capable de réfléchir et d’éliminer les informations toxiques qu’il a malgré lui enregistrées. Que ceux qui ne sont qu’un peu atteints commencent par faire le travail de décontamination, en lisant, réfléchissant, discutant avec d’autres, faisant fonctionner leur esprit critique et leur envie de vivre. Lorsqu’ils se seront débarrassés du poison, ils pourront aider les autres, de manière à atteindre un niveau d’immunité collective suffisante pour que les informations néfastes ne puissent plus circuler. Lorsqu’une majorité se sera désinfectée du mensonge et de la peur, les autres suivront rapidement. En fait, on viendra à bout de cette terrible et véritable épidémie psycho-toxique, de la même manière que pour une épidémie virale.

 

Un jour proche, nous pourrons considérer que cette triste aventure fait partie de notre passé ; nous sortirons, irons au restaurant, au théâtre, au match de football. Nous nous promènerons librement dans la nature et dans la ville, et retrouverons la joie de nous rencontrer, de nous embrasser, de jouer ensemble. Nous ne nous laisserons plus corroder par les marchands de malheur.

Plus jamais ça !

 

 

 



[iii] le Monde, 27 avril.

[iv] Le petit journal, 15 avril.

[v] FranceInfo, 12 mai.

[vi] ibid

[viii] Libération 5 mai. 

[ix] Institut Pasteur, 21 avril

[x] Directeur de l’Institut de recherche biomédicale et d’épidémiologie du sport.

[xi] Chercheur en biostatistiques.

[xii] La recherche 22 avril. 

[xiii] Le Monde, 3 avril


 [BD1]

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27 avril 2020

A qui appartient ma santé ?

Dans les articles précédents, je me suis attaché à montrer que la décision de confinement ne s’appuyait pas sur une démarche scientifique et qu’une telle démarche aurait abouti à d’autres décisions. Nous allons nous poser ici une question fondamentale concernant la santé.

 

A qui appartient ma santé ?

Quand on a la santé ! Combien de fois avons-nous entendu cette affirmation, ou l’avons-nous exprimé ? La santé n’est-elle pas le bien le plus précieux, en tout cas une priorité absolue.

D’abord une première remarque : il existe divers niveaux de santé, selon la personne, les circonstances, le point de vue où l’on se place.

  • Est-on en bonne santé lorsqu’à 65 ans on souffre d’un cancer de la prostate ? C’était le cas du président François Mitterrand, peu après son élection en 1981. Cela ne l’a pas empêché pas de diriger la France pendant 14 ans, et de mourir peu après.
  • Le président Franklin Roosevelt, paralysé des jambes, était-il en bonne santé ?
  • Est-on en mauvaise santé si l’on souffre d’une induration à l'entrejambes ? C’est à cause de cela que  le grand champion cycliste Laurent Fignon perdit le tour de France pour 8 secondes.
  • Suis-je en bonne ou mauvaise santé si je suis atteint d’une grippe qui va me clouer au lit quelques jours avec des médicaments élémentaires, avant de reprendre une vie normale sans la moindre gêne ou affection ?
  • Que peut-on dire de ma santé si je suis porteur d’un virus, par exemple le coronavirus 19, sans m’en apercevoir parce que mon système immunitaire contrôle parfaitement la situation ?

 

Il ne semble donc pas possible de voir la santé comme une donnée binaire et définissable de manière absolue, mais comme une donnée complexe qui dépend de plusieurs facteurs, dont certains sont objectifs et d’autres subjectifs.

Je suis le premier responsable de ma santé.

Cette affirmation va peut-être surprendre. Il faut donc préciser qu’elle ne se place pas sur le plan moral, qu’elle ne signifie pas que si je suis malade, c’est de ma faute. Si je fume d’une manière excessive et que mes poumons sont malades, on pourra peut-être dire que je l’ai bien cherché, ce qui n’est pas le cas si j’ai contracté par hasard une maladie contagieuse.

Pourtant, dans ce dernier cas, si mon corps est malade, c’est parce que mon système immunitaire n’a pas pu éliminer l’agent pathogène. Or mon système immunitaire fait partie de moi, il ne m’est pas étranger. Si je suis diabétique, c’est que mon pancréas fonctionne mal et mon pancréas, c’est une partie essentielle de moi. On ne peut, moralement, me culpabiliser, mais je suis bien obligé d’admettre qu’il y des personnes qui ne souffrent pas du même trouble, et qu’il n’y a pas de responsable externe au mien. C’est bel et bien mon corps qui a un problème, et mon corps, c’est moi, et ceci est vrai même si le disfonctionnement dont je souffre est héréditaire, car mon hérédité, c’est aussi moi ; je suis né de l’union de deux parents qui m’ont transmis, en dehors de toute volonté, un patrimoine de santé en plus ou moins bon état.

 

Ce constat pourrait paraître fataliste, il est au contraire réconfortant. Si je suis le principal responsable de ma santé, c’est que je peux agir sur elle. Depuis toujours les humains ont étudié les conduites, en particulier alimentaires, qui contribuaient à améliorer la santé physique. Actuellement, un grand mouvement dit de médecine naturelle va dans ce sens : manger correctement, bouger suffisamment, éviter les conduites et consommations toxiques, avoir une attitude saine conduit à une meilleure santé.

Il faut préciser que l’on ne peut pas se limiter à la santé physique, car nous ne sommes pas des machines. La santé psychique est primordiale : à quoi sert d’avoir un corps qui fonctionne bien si l’on est malheureux. Or il arrive que santé corporelle et plaisir ne soient pas en cohérence. Un copieux repas, bien arrosé de vins, et se terminant par des pâtisseries, n’est pas particulièrement diététique ; mais ce peut être l’occasion de prendre un grand plaisir, et d’alimenter ses relations sociales. C’est donc très bon pour la santé mentale. Les sports extrêmes sont souvent dangereux pour la santé (le ski casse beaucoup de jambes, la haute montagne tue plus que le tricot). On est donc souvent obligé d’arbitrer entre divers éléments de santé globale, c’est à dire ne séparant pas corps et esprit. Le sain bonheur est un équilibre instable nécessitant d’être continuellement ré-équilibré. « J'ai décidé d'être heureux parce que c'est bon pour la santé » disait Voltaire.[i]

 

Il arrive, hélas, que le soin apporté à sa santé ne suffise pas et que l’on soit malade. Ce peut-être à la suite d’un choc traumatique (physique ou mental), du dysfonctionnement d’un ou plusieurs organes (ou d’une partie du psychisme), ou de l’attaque d’un agent microbien extérieur, ou de la malveillance de personnes, ou d’une situation sociale (chômage ou autre). On est alors impuissant à résoudre seul le problème. Heureusement, les humains ont inventé la médecine, et autres disciplines destinées à aider les malades.

Mon médecin et mes thérapeutes sont des premiers partenaires de ma santé.

Les divers thérapeutes à qui je m’adresse vont devenir partie prenante de ma santé, il ont à cœur de me la faire recouvrer ou du moins de l’améliorer. Ils m’aident aussi à la préserver, sur le cours ou le long terme. Je leur en ai fait la demande et leur ai délégué une partie de la responsabilité de ma santé, dont je reste le principal responsable. S’ils abusent de cette responsabilité et appliquent des thérapeutiques nuisibles, inadaptées ou que je ne souhaitais pas, nous rentrerons en conflit.

Il se peut que dans certaines circonstances, il ne soit pas possible de recueillir mon avis de patient et que des médecins doivent prendre une décision sans mon accord. C’est le cas si je suis accidenté et dans le coma, mais aussi si je ne suis plus en état de décider, par exemple à cause d’un trouble mental grave.

 

Dans tous les cas, les soignants sont des professionnels qu’il faut payer pour leur prestation. En France, la sécurité sociale assure une partie de ce paiement, et oblige chacun à verser une cotisation qui dépend de son travail et est progressive : les mieux rémunérés payent plus que les autres et ne bénéficient pas de traitements meilleur. Il s’agit d’une mesure de santé publique, qui permet d’améliorer beaucoup l’état de santé de la population, ce qui est profitable à tous. Mais elle implique un droit de regard de la société sur ma santé.

La société est aussi partenaire – et en partie décideuse - de ma santé.

Le paiement des thérapeutes divers et variés par la sécurité sociale rend légitime la possibilité de celle-ci de contrôler l’usage que je fais de cette gratuité. Je n’entrerai pas ici dans ce vaste débat, remarquant seulement que l’immense progrès de santé que représente pour chaque individu la contribution collective à la santé individuelle compense largement une légère perte de liberté.

Les maladies contagieuses représentent un point particulièrement important de l’ingérence collective dans la santé individuelle. Le principe pasteurien de la vaccination a fait régresser, voire disparaître, des maladies sévères comme la variole. L’obligation de se faire vacciner contre certaines maladies est donc une privation de liberté individuelle qui a une répercussion très positive sur la santé collective, et donc individuelle. Le rapport (gain de santé / perte de liberté de décider) est suffisamment grand, en ce qui concerne les maladies très contagieuses et très graves, ayant un taux de mortalité important. Cela devient plus discutable pour d’autres affections. Est-il raisonnable – par exemple -  d’obliger un enfant à être vacciné contre une maladie sexuellement transmissible, qu’il ne contractera jamais s’il s’astreint à une hygiène sexuelle peu contraignante ?

Les maladies contagieuses posent un autre problème que l’obligation éventuelle de vaccin : la contagion. Si je suis malade, et que mon système immunitaire est en train de lutter pour éradiquer le germe responsable, je peux le transmettre. Je suis donc potentiellement un danger pour autrui, même si je ne suis pas en danger moi-même et que je vais très certainement guérir. Il est donc légitime que l’on me mette en quarantaine (pas forcément 40 jours) pour protéger autrui. Il ne s’agit pas là d’une ingérence dans ma propre santé, mais de la protection de celle des autres puisque je suis vecteur d’un danger. Les mesures d’isolement sont fonction de la contagiosité et de la dangerosité de la maladie. Le rhume bénin est par exemple très contagieux, mais non dangereux comme son nom l’indique. Il ne conduit pas à des mesures d’isolement. Le virus VIH, très dangereux, ne se transmet que par rapport intime. Pas besoin d’isoler les porteurs. Le covid 19 est entre les deux. Il est donc important d’éviter la contagion. Quelles contraintes sont acceptables pour ce résultat ? Là est la question fondamentale.

 

Qu’est-ce que la société peut exiger de moi concernant ma santé et celle des autres ?

Dans le cas de l’épidémie covid 19, un pas supplémentaire a été franchi, un pas immense et qui suscite des interrogations. Il ne s’agit pas simplement d’une obligation de soin ou de prévention comme pour les vaccins, ni de la mise à l’écart de personnes contagieuses, mais d’une contrainte imposée à tout le monde, y compris des personnes bien portantes et dont le risque de tomber malade est très faible et celui d’être gravement affecté, infime.

Supposons que je sois une jeune femme ou un jeune homme de moins de 20 ans, en bonne santé, ne présentant pas de faiblesse du système respiratoire, de diabète ou autre affection qui pourraient me fragiliser. La probabilité pour que je meure du covid 19 est tellement faible qu’on peut la considérer comme nulle[ii]. Je ne suis donc absolument pas en danger, ni maintenant, ni plus tard.

Si je fais partie des 94%[iii] ou 95%[iv] de la population qui ne sont pas entrés en contact avec le virus, je ne suis dangereux pour personne. Si je suis malade ou si j’ai des soupçons, par exemple une perte d’odorat, je vais aller immédiatement chez mon médecin qui fera un premier diagnostique et m’enverra à l’hôpital si nécessaire. J’accepterai évidemment que l’on m’isole jusqu’à ce que je sois guéri, ce qui ne tardera pas car mon système immunologique fonctionne et éliminera rapidement le virus[v]. Il est possible d’ailleurs qu’il l’ait déjà éliminé sans m’en apercevoir et dans ce cas je suis immunisé et non contagieux[vi]. Il se peut que cette opération ne soit pas terminé, autrement dit que je sois porteur asymptomatique : mon système immunologique est en train de faire son boulot, sans affecter mon état général mais ne l’a pas terminé. Je suis alors potentiellement contagieux, beaucoup moins que si j’étais malade.[vii]

C’est donc uniquement dans ce dernier cas que je risque de transmettre le virus. Or celui-ci n’est potentiellement dangereux que pour une faible partie de la population. Je ne suis pas idiot et j’écoute les informations, y compris le discours du président de la République qui m’incite à la prudence. Je ne vais donc pas m’approcher des personnes dites « à risque ». Par exemple, je n’irai pas voir mes grands parents ni mon oncle qui est diabétique. Mais je n’ai aucune gêne à me retrouver chez moi, avec mes parents, frères et sœurs qui sont eux aussi en bonne santé et n’ont pas de pathologie « sensible ». Je participe en tant que citoyen à la sécurité sanitaire.

Si je vais voir mes copines et copains, je risque, peut-être et avec une faible probabilité, de transmettre le virus dont je suis peut-être porteur à des personnes qui, comme moi, n’ont aucun risque personnel grave. Ces copains ne sont pas plus bêtes que moi, ils vont aussi faire attention aux visites qu’ils rendent et donc diminuer le risque de contaminer une personne fragile.

Si je circule dans la rue, je risque aussi de contaminer des personnes, mais uniquement des personnes qui, comme moi, ont pris le risque de sortir dans la rue. Si elles prennent les mêmes précautions que moi, elles ne contamineront pas de personnes fragiles.

Il n’a donc aucune raison sanitaire valable de m’interdire une vie sociale et étudiante prudente. Or, en me privant de cette vie, la décision de confinement me crée un immense préjudice, immédiat et encore plus à long terme, préjudice qui peut avoir des effets graves sur ma santé, psychologie, relationnelle et même physique.

Le pouvoir médical a traité la population comme un troupeau.

La conduite intelligente évoquée dans l’exemple précédent, qui peut être généralisée aux personnes moins jeunes, mais en bonne santé et sans facteur de risque grave, a en outre un énorme avantage : la population ne courant pas de danger va s’immuniser contre le virus, au moins pour un certain temps. Ainsi pourra-t-on rapidement parvenir au taux de 65/70% qui permet, selon les spécialistes – pour une fois d’accord - de mettre fin à l’épidémie.

Or ce n’est absolument pas ce qui a été fait. Le pouvoir politique, subordonné au pouvoir médical et médiatique, a décidé de traiter le problème de manière uniquement centralisée. Les citoyens ont été dépossédés de leur capacité d’agir, de prendre soin d’eux et de leurs semblables en utilisant leur intelligence propre. Le pouvoir politico-médical a considéré que ces citoyens étaient incapables d’avoir des attitudes intelligentes, en dépit du premier discours du président de la République, qui faisait appel à la raison. 

La ressemblance avec le problème de la « vache folle » est frappante. On n’a bien sûr tué personne, mais le peuple a été considéré comme un troupeau passif. La santé n’est plus  que collective, décidée d’en haut par un collège de décideurs qui exclut, y compris en son propre sein, toute pensée alternative – par exemple celle de Raoult, Péronne, Douste Blazy, etc…

 

Le pouvoir central médico-politique s’est donc emparé, de manière totalitaire et avec la complicité des grands médias, de la santé collective, et donc aussi individuelle.

 

La santé du citoyen ne lui appartient plus.

 

 Je lis maintenant seulement l'article de Anne-Laure Boch sur le même sujet

https://www.causeur.fr/coronavirus-sante-publique-175930

 



[ii] Une étude récente donne un taux de mortalité réelle de 0,2%. Les jeunes constituent moins de 1% des décès (statista). Ma probabilité de décès est donc de l’ordre de 0,002%.

[iii] L’obs. (6% infectés) 

[iv] Le monde, estimation pour le 11 mai à 5,7%

[v] Le temps de contagion est au maximum de 25 jours (Le parisien)

[vi] Il n’y a pas un accord complet sur ce sujet (science et avenir)

[vii] "le risque d'être contaminé au contact d’une personne qui ne présente aucun symptôme est très faible" assure l'OMS. Et pour cause : une personne qui n'est pas malade tousse ou éternue moins qu'une personne malade, la transmission via les postillons et gouttelettes est donc moindre."  (cité par topsanté)

 

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19 avril 2020

Le « confinement » ne peut pas être une bonne solution.

Dans un précédent article, je tentais de montrer que le confinement à la française ne reposait pas sur une approche scientifique, autrement dit qu’on n’a pas le moindre début de preuve que ce confinement contribuera de façon prouvable à mettre fin à l’épidémie. Je rappelle que, pour moi, l’hypothèse qui est fondée : le confinement peut faire diminuer la contagion, ce qui elle-même peut contribuer à faire régresser l’épidémie. C’est donc le premier pas d’une démarche scientifique, mais seulement le premier ; la suite est absente.

Méfions nous des fausses conclusions.

D’avance, je voudrais mettre en garde contre les fausses preuves que risquent de nous annoncer après coup que, oui, le confinement a bien été nécessaire. Les virologues sont d’accord sur un point que leur expérience et les modèles mathématiques solides appuient : l’épidémie s’arrête lorsque le nombre de personnes qui ont été touchées par le virus et qui l’on maitrisé atteint un certain seuil ; pour le coronavirus actuel, ce serait environ 66%. Ce qu’on ne sait pas prédire, c’est le moment où ce seuil sera atteint et le nombre de personnes décédées auparavant, autrement dit le « prix humain » payé pour la fin. C’est ce « prix humain » que le confinement tente de faire baisser. Il sera donc extrêmement facile, lorsque l’épidémie sera finie, de se féliciter de l’efficacité du confinement, et ce quelle que soit la date. Si, au bout de 15 jours, la baisse s’était clairement amorcée, il y aurait eu une forte suspicion de l’efficacité (mais pas de preuve) et votre serviteur n’aurait plus qu’à conclure que son scepticisme était exagéré. Mais ce n’est pas du tout ce qui s’est passé et le confinement a été prolongé, de 15 jours, puis encore 15, enfin jusqu’au 11 mai : plus il devient douteux que la méthode fonctionne, plus on la continue, sans que la moindre remise en cause ne viennent tempérer la pensée unique.

 

Je fais une prédiction (attention ! ce n’est pas une preuve, mais une intuition, qui sera peut-être vérifiée, peut-être démentie) : quelle que soit la date ou l’on arrêtera le confinement, quel que soit le nombre de personnes décédées, et quel que soit l’état de l’épidémie à ce moment, les décideurs du confinement et leurs acolytes prétendus scientifiques concluront que c’est grâce à lui. A ceux qui remarqueront que la durée a été excessive et qu’il y a eu pas mal de décès, on répondra sans vergogne : « si l’on n’avait pas confiné, il y en aurait eu encore plus »  sans la moindre preuve évidemment. Je reviendrai sur ce fait.

Quelle preuve pourrait être donnée de l’efficacité du confinement ? Je ne sais pas. Je peux simplement dire que la méthode traditionnelle statistique consistant à comparer un groupe auquel on applique le protocole à un groupe témoin est impossible dans ce cas, à la fois sur le plan méthodologique (impossible de fabriquer les deux populations « au hasard » et de les suivre) et éthique (cela supposerait de ne rien faire sur l’un des groupes et de compter les morts après coup). Je suis incapable de proposer une méthode, et je pense que tout le monde est dans ce cas. Je voudrais montrer que, s’il était impossible de prouver que le confinement ne servirait à rien, un raisonnement pouvait permettre de ne pas se lancer dans cette catastrophe.

Le confinement est une méthode trop gigantesque pour être efficace

L’épidémie de coronavirus a fait, à ce jour du 16 avril, 17 167 morts depuis le 1° mars (science et avenir[i]). Cela correspond, en 45 jours, à la mortalité moyenne de 10 jours en cette période de l’année. C’est beaucoup et représente 0,025% de la population française. Il est clair (en tout cas pour moi) qu’il fallait prendre très au sérieux cette nouvelle maladie et y faire face en développant toutes les ressources médicales existantes, ce qu’ont fait avec succès plusieurs pays. Cela aurait probablement mis en lumière qu’elles étaient chez nous insuffisantes et aurait conduit à de sévères remises en cause des choix budgétaires et gestionnaires. Il est possible, mais pas certain, que l’engorgement des services ait pu conduire à ce que des personnes décèdent alors qu’avec un ensemble hospitalier plus adapté on aurait pu les sauver. Quel terrible constat !

 

En réponse, et ne sachant pas quoi faire, les autorités – sanitaires et politiques – décident d’assigner à résidence tous les français, ne les autorisant à sortir que si leur travail l’exige ou pour des activités jugées nécessaires. Je pense immédiatement à « L’ours et l’amateur des jardins » de notre grand Jean de La Fontaine. Un gros ours voit que son ami, l’amateur des jardins est gêné dans son sommeil par une agaçante mouche. N’arrivant pas à la chasser, le bon ours se saisit d’une grosse pierre et écrase la mouche sur la tête de son ami, avec les conséquences que l’on imagine.

 

Le confinement est une réponse monstrueusement disproportionnée par rapport au problème. Celui-ci est d’ordre sanitaire et la réponse dépasse trop exagérément le cadre sanitaire. C’est pour cela qu’elle ne peut être bonne. Examinons les risques colossaux qu’il fait courir :

  1. Sur le plan économique, une véritable catastrophe est à prévoir. « Le Haut Conseil des finances publiques estime que la prévision du gouvernement d'une récession à 8 % et d'un déficit public à 9 % du PIB pourrait être encore optimiste » titre « Les Echos[ii] ». On prévoit une hécatombe parmi les PME, travailleurs indépendants, artistes, restaurateurs, hôteliers, petits commerçants… Les aides promises par le gouvernement seront, si elles arrivent, sous forme de prêts, à rembourser évidemment, ce qui « exigera des années d'effort, avec des salaires bloqués et des profits consacrés au désendettement » comme le note Olivier Dousset, encore dans les Echos[iii]
  2. Cette charge économique sera, en outre, extrêmement inégale, puisque les très grosses entreprises résisteront mieux, voire profiteront de la crise pour rafler les marchés laissés par les liquidations. Les salariés ne seront pas tous touchés de la même façon, le risque de chômage étant plus grand dans les petites structures. Dans leur ensemble, ils seront moins affectés que les travailleurs indépendants. Il risque de s’ensuivre des rancœurs, des jalousies, des haines, conduisant à des troubles sociaux.
  3. Parmi les secteurs qui sont le plus touchés, certains ne sont pas du tout sûrs de redémarrer, en particulier les organisations de festivals, et tout ce qui tourne autour de la culture et du tourisme. Le secteur aérien, qui a perdu 55%, outre qu’il subira la récession économique, devra tenir compte de la peur qu’auront les passagers à prendre l’avion (La Tribune)[iv].
  4. Le gouvernement prévoit l’injection d’une grande quantité de monnaie pour sauver les entreprises. De jour en jour, l’estimation augmente ; elle est maintenant de 115 milliards. En 2019[v], le budget de l’Etat était : 229,3 milliards € de recettes, 338 milliards € de dépenses, pour un déficit de 108,7 milliards €.
  5.  De toutes ces pertes économiques résulteront bien sûr des tragédies professionnelles : les salaires sont assurés pour le moment, mais ça ne peut pas durer et il faudra renflouer les caisses d’assurance chômage
  6. Le télétravail n’est pas une sinécure et ne saurait remplacer le contact entre collègues et avec les partenaires professionnels (clients, fournisseurs, public…). D’un autre côté, la situation actuelle montre que l’on peut probablement utiliser plus le travail à distance, ce qui pourrait alléger la charge des travailleurs et économiser des déplacements. C’est un effet positif dont il conviendra de se souvenir. C’est une conséquence positive.
  7. Pour des raisons évidentes, tous les travailleurs ne sont pas confinés. Au contraire, certains sont tenus d’aller travailler. Ces derniers vivent cette obligation comme une discrimination scandaleuse à leur égard, puisqu’on les force à se confronter à une contagion que l’on a décrite comme extrêmement dangereuse. Leurs familles sont inquiètes lorsqu’ils rentrent à la maison. Les professeurs devant s’occuper des enfants de soignants, s’inquiètent également. (on trouve facilement toutes ces informations par internet).

 

J’arrête la liste des dommages quasi-certains (et des faibles effets positifs), laissant aux économistes et spécialistes du secteur professionnel le soin de préciser. Passons aux risques sanitaires, psychologiques, sociaux, éducatifs.

  1. Les médecins voient leurs cabinets quasi-vides. Or beaucoup de patients viennent consulter leur médecin pour entretenir leur santé, plus que pour soigner les maladies graves. C’est un progrès de la médecine. Que fera-t-on lorsque dans quelques temps des praticiens découvriront des pathologies qu’il aurait fallu soigner plus tôt, comme certains cancers de la peau par exemple.
  2. Les conséquences psychologiques sont aussi immenses, bien que moins visibles, surtout à court terme. La présidente de  l’association « Suicide Écoute » [vi] note que « le confinement aggrave la situation de personnes déjà fragiles psychologiquement, qui se reposaient sur des activités du quotidien extérieures pour tenir le coup. ». On voyait chez les « psy » des personnes en surmenage, on va en voir en soumenage, en dépression, en désespoir (perte d’emploi ou difficultés financières). Un garçon de 13 ans s’est suicidé à Douai. Ses parents “ont expliqué aux policiers qu’il avait été submergé par la masse de travail scolaire à la maison, depuis le début des mesures de confinement”[vii].   Francetvinfo[viii] titre, il y a deux jours « Confinement : "Cela va conduire à une augmentation des passages à l'acte suicidaire", alertent des psychiatres ». Dès le début du confinement, des psychologues avertissaient des risques psychologiques graves (cnews[ix]
  3. « Le confinement aggrave les violences conjugales. En une semaine, les interventions de police ont augmenté de 36% sur Paris et la région parisienne » titre LCI[x] le 31 mars. Les autorités se contentent de développer les numéros d’écoute et de durcir la répression. On peut pourtant parfaitement comprendre que la compression en confinement crée des conflits qui peuvent dégénérer.
  4. Marlène Schiappa craint un burn-out parental. De fait, les parents assurent une charge éducative importante qui est en temps normal assurée par les enseignants. Si ces parents assurent en outre un travail à distance, ils risquent d’être surchargés, et de se trouver en conflit familial et/ou conjugal. Par ailleurs, beaucoup de parents disent avoir passé de bons moments en famille ; le confinement a donc aussi des effets positifs sur la vie familiale, que l’on pourra peut-être conserver. Autre point positif.
  5. Les enfants sont privés de vie sociale et d’exercice extérieur alors qu’il fait très beau, et qu’ils ne risquent pratiquement pas d’être malades. Quelle invraisemblable société qui boucle ses enfants en bonne santé à cause d’un système de soin défaillant pour les adultes, en majorité âgés.
  6. Les mêmes enfants ont été privés d’école et risquent de l’être encore longtemps. Or on constate, ce que les professeurs savent depuis longtemps, que le télé-enseignement ne peut absolument pas remplacer l’enseignement en présence, pour de nombreuses raisons. Par ailleurs, l’école n’a pas uniquement une fonction d’enseignement, elle joue aussi un rôle essentiel dans la socialisation des jeunes, surtout des très jeunes. Les parents, enseignants et tous ceux qui travaillent sur l’enfance constatent que l’excès de temps passé devant des écrans nuit aux enfants, en particulier en les faisant vivre dans un monde à deux dimensions ; il s’ensuit des difficultés de situation dans l’espace. Le confinement va augmenter ce risque, qu’il sera d’autant plus difficile d’enrayer.

 

Continuons avec les conséquences culturelles, esthétiques et symboliques.

  1. La suppression des activités culturelles, outre qu’elle a un effet négatif sur le moral et est catastrophique pour les artistes, endommage un élément essentiel de notre vie : l’art. Arrivera-t-on à récupérer ce qui est perdu, je ne le sais pas, mais il y a un risque de dégradation de tout un tissu culturel et artistique. A contrario, le confinement a stimulé une grande créativité populaire qui s’est manifestée par une profusion de dessins humoristiques, de chansons satiriques et de spectacles associant les personnes d’un même immeuble. A retenir.
  2. La décision de confinement est une atteinte monumentale à la liberté dont le nom orne nos mairies, et qui est inscrite dans notre devise : la liberté fondamentale de se déplacer à sa guise sur le territoire est affreusement amputée et plus encore, celle de rencontrer les personnes de son choix. Le contact, l’échange, la rencontre amicale, la joie de la compagnie sont condamnées ; on a vu des familles stigmatisées parce qu’elles se promenaient dans un jardin public et même des amoureux verbalisés pour leurs ébats dans leur voiture. On n’a plus le droit de se promener, de vivre la relation humaine, dans la vraie vie, et non par écran interposé.
  3. Le plus terrible est l’absence de débat qui a précédé la décision annoncée par le Président de la République. Le consensus – ou plutôt son illusion – a coupé dès le départ toute possibilité d’analyse de la situation, avec la contradiction nécessaire et le doute scientifique. Toute initiative qui conduirait vers une méthode autre que le confinement, par exemple de soigner les patients avec un médicament archi connu, suscite immédiatement les réserves.
  4. On n’entend aucun leader politique, l’assemblée nationale est devenue une chambre d’enregistrement. Le discours présidentiel modéré est immédiatement critiqué et le Président débordé par ses conseillers, ses ministres et le tout puissant corps médical (je ne parle pas des médecins de base, admirables de dévouement). (francetvinfo).[xi] Cette unanimité de façade cache une inquiétante interdiction de contestation. Nous y reviendrons.
  5. L’information est complètement envahie par les propos sur l’épidémie et le confinement, ce dernier étant confondu avec la maladie elle-même. Tout est fait pour affirmer que le confinement est une conséquence indiscutable de la maladie, ce qui est faux. Les grands problèmes qui secouent notre monde sont complètement effacés.
  6. Je terminerai par une note émouvante. Les français ont été privés de Pâques, fête essentielle pour les chrétiens, et fête tout court pour les autres. Ils vont être aussi privés d’un autre moment magique de notre année : le 1° mai. Pas de muguet, pas de joie, pas de partage, pas de fête du travail. C’est dire à quel point le travail est méprisé. Et tant pis pour ceux qui travaillent un an à faire pousser les petites clochettes parfumées qui symbolisent si bien le bonheur.

 

On pourrait encore trouver des conséquences graves de cette imbécile décision. Non seulement elle n’est pas scientifique, mais une approche scientifique globale (et non exclusivement épidémiologique) aurait amené à la rejeter. On ne peut pas donner une solution abominablement plus compliquée que le problème qu’elle est sensée résoudre.

Le confinement n’est pas vraiment respecté.

On le sait, et la police a développé une véritable chasse aux contravenants. 359.000 procès-verbaux pour non-respect du confinement ont été dressés (Marianne[xii]). La maire de Vénissieux (66 000 habitants, troisième commune de l’agglomération lyonnaise après Lyon et Villeurbanne) a demandé le 26 mars des renforts de police parce que certains de ses administrés pratiquent dans la rue « barbecues, trafics illicites ou rodéos urbains » (BFM 26 mars[xiii]).   « "C’est l’anarchie totale", pestent les riverains de la Guillotière au sujet du non-respect du confinement » titre 20 minutes[xiv] le 10 avril.

 

La communication officielle a immédiatement embrayé de manière à culpabiliser les promeneurs en les taxant de mauvais citoyens. Mais cette communication refuse de considérer deux autres motivations.

D’une part, pour de nombreux citoyens, sortir dans la rue est une nécessité vitale, qui répond à la fois à un habitat trop exigu et à un mode de vie. Je pense en particulier à une jeunesse que l’on trouve surtout dans les banlieues et pour qui la vie collective entre jeunes est l’essentiel de leur vie (pas toujours légale au demeurant). Boucler chez eux des adolescents des deux sexes, en pleine vitalité, tient du supplice.

D’autre part, sortir au risque de se faire prendre est un acte de refus d’une privation inadmissible de la liberté. Le monde politique et médiatique adhérant, à quelques exceptions près, au dogme du confinement, il est très difficile de trouver des opinions différentes et on ne voit aucun débat sur le sujet « fallait-il confiner, et si oui, de quelle manière ». Le débat sur l’hydroxychloroquine a montré la toute puissance des décideurs médicaux du pouvoir central.

Si de nombreux citoyens bravent l’interdiction, ce n’est pas parce que ce sont des gaulois réfractaires indisciplinés, c’est parce qu’il perçoivent l’inanité de ce confinement. Le peuple n’est pas aussi bête qu’on pourrait le croire. On le voit d’ailleurs dans le florilège de productions humoristiques et parfois sarcastiques.

 

 

Dans un prochain article, nous essayerons de comprendre pourquoi cette invraisemblable et suicidaire décision a été prise, et pourquoi elle a suscité une approbation de façade.

 

19 avril 2020

 



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09 avril 2020

Le confinement n’est pas une décision à caractère scientifique.

L’épidémie qui frappe notre pays est tragique pour nombre de nos compatriotes : ceux qui succombent à la maladie et ceux qui voient partir un de leurs proches. Des soignants se dévouent avec un courage admirable pour apporter les soins indispensables, malgré la modestie des moyens dont ils disposent. Des citoyennes et des citoyens sont confinés chez eux. Si l’on veut s’exprimer sur ce terrible sujet, la compassion, le respect, l’admiration, ainsi que la réserve, sont de mise. Mais la réflexion n’est pas interdite, la critique non plus. La décision gouvernementale de confiner sévèrement la totalité de la population fait que nous sommes tous concernés, malades, soignants et bien portants, donc légitimes à exprimer ce que l’on pense.  

 

Votre serviteur n’est ni virologue, ni épidémiologue, ni médecin, ni élu de la République, mais a consacré trente ans de sa vie à la plus rigoureuse des disciplines scientifiques : les mathématiques pures. C’est à partir de cette rude école de la rigueur qu’il se permet de faire quelques remarques concernant la référence fréquente à la science, tant par des responsables politiques que de nombreux acteurs du monde médiatique. Le processus qui a conduit à la décision de confinement de la population française pour une durée indéterminée relève-t-il d’une démarche scientifique ? Je voudrais montrer que non.

 

Il y a des divergences dans la communauté scientifique et politique.

Depuis les premières apparitions du virus et de la maladie qu’il provoque chez certaines personnes, divers spécialistes et politiciens se sont exprimés, et non des moindres. Or leurs propos montraient, et montrent encore, de profondes divergences, des ambigüités et des incohérences. Leur liste étant trop longue, citons-en trois caractéristiques :

La professeure Agnès Buzyn, éminente hématologue à la carrière impressionnante, déclare avoir averti le Président de la République le 11 janvier et le Premier ministre le 30 janvier de l’imminence d’une épidémie justifiant le report des élections municipales. (Le Figaro)[i]. Or elle était à l’époque ministre de la santé et n’a rien fait, sauf démissionner pour se présenter… aux élections municipales.

Un match de football s’est déroulé le 26 février à Meyzieu, dans la métropole lyonnaise, sur injonction du ministre de la santé Olivier Véran, malgré les protestations argumentées du maire Christophe Quiniou (LCI)[ii]. Récemment, la polémique est revenue, un médecin lyonnais indiquant avoir des preuves de la corrélation entre la tenue de ce match et le démarrage de l’épidémie en région lyonnaise (ce qui n’est pas aberrant) alors que l’ARS prétend le contraire. (RTL)[iii]

 

La plus spectaculaire divergence est la controverse qui fait rage sur l’utilisation thérapeutique de l’hydroxychloroquine. Elle prend naissance avec la décision d’utiliser cette molécule, prise par le professeur Didier Raoult[iv]. Il est soutenu par de nombreux  médecins, comme le Dr Nadal (le quotidien du médecin)[v] ainsi que le maire de Nice et d’autres personnalités politiques[vi]. Une pétition, initialisée par le Dr Eric Menat,  a été lancée par d’autres médecins pour demander la possibilité d’utiliser ce traitement[vii],. Une autre a suivie, à l'initiation de professeur et ancien ministre Douste Blazy. Parmi ses détracteurs les plus farouches figure « la scientifique Karine Lacombe » (RTL[viii]), cheffe du service infectiologie de l'hôpital Saint-Antoine à Paris. Elle n’a pas la carrure internationale du Pr Raoult mais est tout de même cheffe de service à Paris. En outre, elle est la coqueluche des plateaux de télévision, et même invitée le 2 avril sur le plateau de la première chaine de télévision de France, pour questionner le premier ministre (le Parisien)[ix]. (On se demande au passage pourquoi elle n’est pas restée chez elle). L’équilibre entre ces deux spécialistes, médecins et scientifiques serait donc honnête s’il s’agissait d’un match de boxe ou de tennis. Mais il s’agit d’une maladie grave et de l’avenir de notre pays. Le fait que des représentants de la science et de la médecine soient à ce point en désaccord (le Dr Lacombe dit avoir reçu des menaces de mort – RTL[x]) a de quoi inquiéter.

 

Je n’ai aucune compétence pour trancher le débat  et suivrai Aurélien Marq (causeur) [xi] dans son analyse. Je veux simplement souligner que la « communauté scientifique » n’est pas du tout unanime et que la science, dans son état actuel, n’est pas capable de démontrer qu’il existe une réponse infaillible, ou du moins extrêmement sûre, à l’épidémie Covid 19. La science balbutie et on ne saurait le lui reprocher. Elle le fait depuis toujours et, petit à petit, elle avance et finit le plus souvent par transformer les questions en certitudes. Celle de la quadrature du cercle, posée des siècles avant JC, n’a été résolue qu’en 1882 avec la démonstration, par Lindemann, de la transcendance du nombre p. L’héliocentrisme et la structure cellulaire du système nerveux sont passés par des années de controverse houleuses et parfois cruelles avant d’aboutir à une certitude. De très grands savants comme Camillo Golgi ou David Hilbert ont dû « manger leur chapeau » lorsque leurs hypothèses se sont révélées fausses. Ce n’est pas grave, la science avance aussi à travers ses erreurs. Mais si vous demandez à n’importe quel physicien du monde la valeur de l’accélération de la pesanteur, il vous répondra invariablement : 9,806 65 m s−2. Vous obtiendrez la même unanimité avec la composition du Soleil, la structure du système nerveux et la composition de l’acide désoxyribonucléique. Rien à voir avec les approximations, incohérences et querelles de sommités auxquelles nous assistons actuellement.

 

Les modèles mathématiques en épidémiologie.

Samuel Alizon, directeur de recherche au CNRS, spécialiste de la modélisation mathématique, nous décrit, avec honnêteté et rigueur, le fonctionnement de son travail de chercheur et de ses limites : « il ne s’agit que de modèles mathématiques, qui supposent de simplifier la réalité. Nos calculs supposent par exemple que, mis à part pour l’âge, tous les individus réagissent pareillement à l’infection, ce qui n’est à l’évidence pas le cas. Ils supposent que tout le monde est en contact avec tout le monde, ce qui n’est bien sûr pas le cas non plus ». (Médiapart, 5 avril [xii]). Le mathématicien explique très bien que son modèle est sûr, mais que les résultats dépendent d’un paramètre fondamental, noté R0, nombre de personnes possiblement contaminées par un individu porteur. Il reconnaît que ce coefficient est très difficile à connaître précisément ; il l’évalue à « environ 3 » ; son collègue Jean-Stéphane Dhersin l’évaluait récemment à « 2,5 environ. » (Le Journal du CNRS).

 

Face à ces incertitudes, divergences et contradictions, il n’était pas possible d’avoir une réponse scientifiquement indiscutable. C’est au politique de prendre une décision et, comme l’exprime Aurélien Marq il ne peut se défausser sur un quelconque comité scientifique [xiii]. La direction politique de notre pays a décidé de « confiner » les citoyens chez eux, leur interdisant de sortir sauf pour motifs jugés indispensables (ce qui est très difficile à définir scientifiquement), et punissant sévèrement ceux qui dérogeraient à cet interdit. Je voudrais montrer que cette décision ne répond pas du tout à l’esprit scientifique et contredit en outre une règle de la pratique médicale, prise au sens large.

 

La décision de confinement n’est pas scientifique, mais politique.

Appliquons à la décision de confinement les jugements que font les détracteurs du professeur Raoult. Il n’y a aucune preuve scientifiquement irréfutable que le confinement tel qu’appliqué en France aboutira à la fin de l’épidémie. Il faudrait, pour cela, si l’on suit ceux que Raoult nomme « les obsédés de la méthodologie », étudier sur un terme suffisamment long une population confinée, et la comparer à une population non confinée ; il faudrait en outre que les deux populations soient assez importantes et choisies avec une méthode aléatoire (randomisées comme on dit en franglais). C’est évidemment impossible a priori.  Il sera par contre possible de tirer des conclusions plus tard en comparant les diverses méthodes utilisées dans des pays différents, comme la Corée du sud, l’Allemagne ou la Suède, encore que ces diverses populations ne soient pas « randomisées ». L’honnêteté scientifique voudrait que l’on fasse cette étude, et que la conclusion soit publiée pour que le peuple puisse se prononcer.

 

Examinons plus en détail le processus décisionnel gouvernemental. Au départ, il repose sur une réalité mathématique : si l’on fait passer le fameux R0 en dessous de 1, le modèle mathématique prévoit l’arrêt de l’épidémie. Si l’on empêche les gens de se rencontrer, on fera sans doute baisser ce R0, dans une certaine mesure, que l’on ne peut pas prévoir. La décision du confinement, si son résultat n’est pas prouvable rigoureusement, n’est donc pas absurde, du point de vue épidémiologique. On pourrait la pousser plus loin encore et confiner chaque humain seul pendant vingt jours (voire quarante) pour ramener R0 à zéro ; on serait alors absolument certains qu’il n’y aurait plus de virus, … et plus beaucoup d’humains.

 

Mais le problème de cette décision, est qu’elle dépasse largement le cadre de l’épidémiologie et de la médecine, et c’est là que le bât blesse. Un des principes fondamentaux de la médecine est qu’une action médicale ne doit pas nuire (le fameux primum non nocere).  Je ne doute pas une seconde que ce principe a été appliqué par tous les soignants qui se sont courageusement occupés de malades, y compris bien sûr le professeur Raoult et les nombreux médecins qui le soutiennent. Mais le Président de la République et le gouvernement ne sont pas des soignants individuels. Ils ont en charge un pays, dans lequel des gens meurent tous les jours, et pas uniquement du Covid 19 (Le mois de mars 2020 a vu sa mortalité augmenter par rapport à 2019 de 1,44%) et surtout des gens qui vivent. Les - trop nombreux - décès dus à l’épidémie représentent à ce jour 0,01% de la population française totale. A titre de comparaison, durant la saison 2017/2018, la grippe saisonnière a duré quatre mois, durant lesquels « l’excès de mortalité attribuable à la grippe a été estimé à environ 13 000 décès tous âges confondus. Ces décès concernent pour 93% d’entre eux des personnes de 65 ans et plus » (GEIG)[xiv]. Les gouvernants doivent donc prendre une décision générale et pas seulement épidémiologique. C’est le « patient France » dont ils doivent prendre soin. Or la décision du confinement ne satisfait pas du tout au primum non nocere,  elle est au contraire extrêmement nuisible car elle va faire perdre au « patient » une quantité considérable de ses forces vives, donc l’affaiblir et le rendre plus fragile. Il n’est pas possible d’évaluer actuellement toutes les conséquences tragiques pour notre pays, mais on peut être quasi sûr qu’il y en aura, et que, malheureusement, certaines seront mortelles. Avant d’administrer le traitement de cheval qu’est le confinement intégral, les dirigeants auraient dû évaluer les nuisances potentielles (et beaucoup sont certaines) et comparer avec le bénéfice pour le « patient France ».

 

La sortie du confinement n’a pas été envisagée avant son entrée.

La preuve, a postériori, que cette évaluation n’a pas été faite au moment de prendre la décision, est que le confinement est prolongé et sa fin pose de gros problèmes, aux dires du premier ministre lui même (le 2 avril)[xv]. Pourquoi ? S’il est un point d’accord médical, c’est que l’incubation de la maladie, d’environ 7 jours n’en dépasse pas 14. C’est pour cela que le premier confinement était précisément de deux semaines. Mais, comme le note Samuel Alizon : « Si le confinement était parfaitement efficace, on se serait attendu à une inversion de la courbe des nouvelles hospitalisations au bout d’environ deux semaines,… ce ne semble pas être le cas » .[xvi] On se rend compte que ce confinement ne marche pas, alors on continue : la méthode est mauvaise, c’est la preuve qu’il faut persister à l’employer. Pourtant, Samuel Alizon, s’appuyant sur son modèle mathématique est clair : «  (le confinement) va-t-il arriver à saturation ? Si oui, quels seront les effets sur la mortalité, tant des patients atteints du Covid-19 que sur les autres patients, qui risquent par exemple de décéder faute de pouvoir joindre le 15 ? Et qu’en est-il de tous les effets délétères du confinement lui-même ? Nous n’en avons aucune idée précise. »( médiapart) [xvii]

 

Imaginez que votre médecin vous dise un jour : « vous êtes atteint d’une maladie qui peut devenir grave, voire mortelle, avec une probabilité de 0,3% à 2% selon votre âge. Mais si vous restez 14 jours bouclé au lit, vous serez guéri », et que, le 14ème jour il vous dise « en fait, il faut continuer, encore 14, peut-être plus, je ne sais pas vraiment. Et même après la fin de cette mise en quarantaine, je ne sais pas comment vous allez pouvoir sortir et retrouver la santé ». Que penseriez-vous de ce praticien ? Moi, je changerai illico ! C’est pourtant ce que nous dit le premier ministre : « la fin du confinement, c’est dans longtemps, et on ne sait pas encore comment on va faire, j’ai nommé des experts pour y réfléchir ». Il semble que ni lui, ni ses conseillers ne s’étaient posé la question avant : comment sortira-t-on de cette paralysie dans laquelle nous allons plonger le pays. Pas très scientifique, cela ! Il y a plus de 60 ans, des savants, ingénieurs et techniciens ont réalisé le rêve de Tintin et de beaucoup d’humains : marcher sur la lune. Ils n’ont pas attendu que Neill Armstrong et Buzz Aldrin aient mis le pied sur notre satellite pour se demander comment ils reviendraient. De même, une équipe médicale qui anesthésie un patient sait, avant de commencer, comment elle le réveillera. C’est cela une démarche appuyée sur la science.

 

Le confinement total de la population, avec répression pour ceux qui y dérogent, présente un autre inconvénient non scientifique : sa non-reproductibilité et sa non-généralisation. Autrement dit, il ne peut pas s’agir d’une nouvelle méthode (comme la vaccination par exemple) que l’on pourra utiliser plus tard dans d’autres cas proches de celui-ci. Il n’est évidemment pas envisageable de mettre un pays à l’arrêt pendant des mois chaque fois qu’un virus mutant apparaît. Ce sera donc pour une seule fois, dans le meilleur des cas. Or le premier ministre nous averti que, peut-être, il faudra recommencer dans quelques temps, admettant implicitement que le confinement pendant plus d’un mois n’est pas une manière sûre d’éradiquer la maladie. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est peut-être parce que les personnes confinées n’auront pas eu l’occasion de contracter le virus, de guérir et de faire barrière à la transmission. Il s’agit donc d’une impasse dans laquelle on s’est engagé en toute imprudence et en l’absence du minimum d’esprit critique, contrairement à ce qui se fait en science.

 

En conclusion, la décision de confinement ne peut donc pas se prévaloir d’être la conséquence d’une démarche scientifique. Il s’agit d’une décision politique – hasardeuse, je dirais même pifométrique -  prise par les gouvernants de notre pays. Ils doivent en assumer seuls la responsabilité.

 

Que fallait-il faire ?

On pourra me poser la question : que fallait-il faire ? Je n’y répondrai pas, n’ayant pas été mandaté pour (je n’ai pas été désigné par le peuple pour le faire). A la lecture de nombreuses publications, ainsi que de ce qui se passe dans d’autres pays, je peux toutefois proposer, avec prudence et modestie, ce qui me paraît cohérent avec la démarche scientifique et les règles de la médecine :

  1. Soigner les malades, en utilisant au maximum l’appareil médical, en particulier hospitalier que nous possédons. Avouer que cet appareil a été massacré par les décideurs, précédents et actuels, malgré les avertissements répétés des professionnels. Assumer que c’est à cause de cette dégradation que certains patients ne pourront peut-être pas être soignés, et non à cause des personnes en bonne santé qui auront dérogé au confinement, comme l’a prétendu le préfet Lallement (Médiapart)[xviii].
  2. Laisser des médecins faire leur métier en appliquant les thérapeutiques qu’ils pratiquent et leur semblent efficaces et sans grand danger, comme la chloroquine du Pr Raoult et des nombreux praticiens qui le soutiennent.
  3. Multiplier les tests et stimuler si possible leur production. Isoler les porteurs du virus détectés par les tests.
  4. Communiquer avec force à la population les gestes barrières qui sont efficaces et ne gênent pas. Eviter les grands rassemblements comme les matchs de football, surtout avec une équipe venant d’un pays où l’épidémie se développe.
  5. Et surtout, surtout, laisser tranquilles les gens bien portants. D’une part, ce sont eux qui font marcher la société, qui en a grand besoin en cas d’épidémie. D’autre part, si j’en crois les études scientifiques fiables, ce sont eux qui, par la lutte de leur propre système immunitaire, efficace dans 98% des cas, fourniront la meilleure barrière à la diffusion du virus, donc la fin de l’épidémie.

 

Une dernière remarque qui risque de choquer, ce qui est fréquent lorsqu'on garde une posture scientifique: si, face à un problème grave, on ne dispose pas d'une action dont on a pu prouver qu'elle aura des effets positifs importants et des effets négatifs faibles, il est préférable de ne rien faire. Agir pour dire que l'on a agi est peut-être possible en politique, pas en science.

 

 

 

 



[i] https://www.lefigaro.fr/politique/pour-agnes-buzyn-les-municipales-ont-ete-une-mascarade-au-regard-du-coronavirus-20200317

[ii] https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/ol-juventus-le-maintien-du-match-est-incomprehensible-dit-le-maire-de-meyzieu-7800159689

[iii]https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/ol-juventus-le-maintien-du-match-est-incomprehensible-dit-le-maire-de-meyzieu-7800159689

[iv] Président le la fondation Méditerrané Infection, directeur d’une unité de recherche sur les maladies infectieuses, professeur à l’université de la Méditerranée Aix-Marseille, dont il fut le Président, reconnu par de nombreuse récompenses comme le prestigieux Grand Prix de l’INSERM, autrement dit un savant de notoriété mondiale.

[v] https://www.lequotidiendumedecin.fr/actus-medicales/medicament/jai-pris-du-plaquenil-pendant-10-jours-un-medecin-suivi-le-protocole-controverse-du-pr-raoult-contre

[vi] https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/03/26/coronavirus-estrosi-boyer-vassal-la-droite-prend-fait-et-cause-pour-le-professeur-raoult_6034478_823448.html

[vii] https://www.petition-chloroquine.fr/

[viii] https://www.rtl.fr/actu/justice-faits-divers/coronavirus-karine-lacombe-menacee-physiquement-pour-s-etre-opposee-a-didier-raoult-7800359023

[ix] http://www.leparisien.fr/video/video-edouard-philippe-annonce-que-le-confinement-ira-probablement-au-dela-du-15-avril-02-04-2020-8293203.php

[x] https://www.rtl.fr/actu/justice-faits-divers/coronavirus-karine-lacombe-menacee-physiquement-pour-s-etre-opposee-a-didier-raoult-7800359023

[xi] https://www.causeur.fr/dr-raoult-coronavirus-chloroquine-174613

[xii]https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/050420/le-confinement-ne-fera-pas-disparaitre-l-epidemie?utm_source=20200405&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-20200405&M_BT=1467502278993

[xiii] Aurélien Marq, op. cit.

[xiv] Groupe d’Experts et d’Information sur la Grippe http://www.grippe-geig.com/bilans-saisons-precedentes.html

[xv] Le Parisien, op. cit.

[xvi] op. cit.

[xvii] ibid.

[xviii] médiapart, op. cit.

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